Le GEM
Ferrures et problèmes orthopédiques...
La ferrure du cheval d'endurance

Laurent DERUY, Maréchal-ferrant
La forge des Combes, 12780 Saint-Leons - FRANCE
ld.deruy@wanadoo.fr

I.  Un mot sur la discipline de l'endurance équestre
L’endurance est une des rares disciplines équestres qui se pratique totalement en extérieur empruntant des chemins et routes existants, non aménagés spécifiquement pour l’épreuve ; contrairement à la plupart des autres disciplines qui se déroulent sur des sols souvent confortables et adaptés à l’effort demandé. Ainsi, selon le lieu où se déroule la course, les sols sont de natures différentes et de dénivelés variés.
L’endurance équestre passe par des épreuves qualificatives allant de 20 km à vitesse limitée jusqu’aux épreuves de niveau national: 130 km, 160 km ou 2 X 100 km sur 2 jours à vitesse libre.
Ces épreuves durent entre 6 et 15 heures : la distance étant parcourue par boucles de 20 km à 40 km environ entre-coupée de contrôles vétérinaires.
Les allures les plus utilisées en fonction de l’épreuve sont le trot et le galop.

Afin d’atteindre le haut niveau, les chevaux sont travaillés de manière quasi exclusive en extérieur où la qualité du sol dépend de l’environnement des centres d’entraînement.

L’expérience dont je vous fait part aujourd’hui est issue de ma région d’action, c’est à dire, le sud de la France, dans le département de l’Aveyron où les sols sont essentiellement composés de pistes dures, caillouteuses et le relief, souvent prononcé.

Par ailleurs, les chevaux les plus utilisés dans cette discipline sont en général des pur-sang arabes ou issus. Ils toisent en moyenne entre 1m45 et 1m60 (PS Arabe de course) et ont plutôt des petits pieds.

Pour arriver aux niveaux pré-national et national, le cheval suit un entraînement long et de toute manière, éprouvant pour ses membres, dû de la répétition des gestes de locomotion sur la distance. Celui-ci se fait en général aux trois allures mais de plus en plus, pour les épreuves de haut niveau, certains entraîneurs préparent leurs chevaux sur des distances de 60 à 80 km au galop à une moyenne de 20 à 25 km/h.

La qualité de la ferrure d’entraînement et son adaptation aux aplombs et à la locomotion est primordiale. Vous l’aurez compris: le plus grand soin est apporté tant à la ferrure d’entraînement qu’à celle de la course à proprement dit.

II.  La ferrure d’entraînement
2.1.  La collecte d’informations.
Avant de procéder à la ferrure et surtout si le cheval est nouveau dans la clientèle, il faut:
collecter un maximum de renseignements auprès du cavalier sur les allures et le comportement du cheval à l’entraînement,
observer les allures en main au pas et au trot,
observer les aplombs en station,
faire une "lecture" méticuleuse de la boîte cornée,
rechercher d’éventuelles tares ou atteintes sur les membres.

Toute ces informations mises en corrélation vont permettre de définir les éventuelles adaptations et/ou perfections à apporter à la ferrure.

2.2.  Le parage.
Au cours du déferrage, il faut observer le fer sur les 2 faces:
face supérieure (contre le sabot), afin d’évaluer la répartition de la pression sur la boîte cornée,
face inférieure (conte le sol) pour l’usure due au frottement sur le sol lors du « poser » du pied et pour l’usure due au "relevé" durant la locomotion.

Le parage comme dans toutes les autres disciplines est d’une importance capitale.
On rencontre peu de défauts d’aplomb sagittaux et les pieds sont souvent à paroi droite et à talon haut .
Par contre, il y a beaucoup de déviations frontales et horizontales de tous types.



La prise en compte lors du parage de ces déviations est très importante, il faut optimiser la répartition des pressions sur la boîte cornée et de ce fait, conserver l’équilibre des articulations inter-phalangiennes.
La pathologie la plus courante chez le cheval d’endurance est l’arthrose inter-phalangienne.

Le pied doit être paré sans déforcer aucune de ses parties :
Le parage de la paroi ne doit pas être trop court pour ne pas rendre le pied sensible.
La sole la fourchette et les barres doivent être nettoyées pour en assurer l’hygiène sans les affaiblir.
Le parage pariétal est effectué de manière à limiter tous les leviers qui peuvent s’opposer au relevé du pied, ces leviers sont d’autant plus gênants sur les terrains peu meubles donc peu pénétrants.

2.1.  Le choix des fers et des accessoires.
Le fer doit être léger, résistant à l’usure et antidérapant .

L’aluminium est intéressant pour sa légèreté et son effet anti-dérapant ; par conte, il s’use très rapidement : les parties du fer qui s’opposent au relevé du pied s’usent très vite aussi et la locomotion en est facilitée. Il existe aujourd’hui, de nouveaux alliages comme le « super-hard ACR » qui résiste correctement à l’usure.
Mon choix se porte sur des fers en acier plat de 8 mm ou le plus souvent sur des fers à double biseaux de type "Eventer Sainte-Croix" car ils sont un peu plus « accrocheurs » sur terrain pénétrant, pas trop lourd et offre un effet de "rolling" réparti d’un quartier à l’autre.

Pour augmenter l’adhérence sur sol dur, j’utilise des cônes de tungstène placés sur les éponges dans le but de prévenir des glissades lors de brusques changements de la qualité du sol.. Cependant, le cavalier doit être averti et prévoyant : il doit utiliser cette "sécurité" à bon escient et ne pas en faire un usage excessif au cours de l’entraînement.

Pour que leur effet soit moins violent je les place le plus haut possible vers la fin de la rainure.
L’autre avantage des cônes s’ils sont placés en pince est qu’ils limitent l’usure du fer et permettent ainsi d’espacer les ferrures ; sachant que les chevaux à l’entraînement intensif sont parfois amenés à être ferrés toutes les 3 semaines.

L’ajustage des fers est une étape très importante: les fers ne doivent en aucun cas gêner la locomotion particulièrement lors du relevé des pieds et avoir une bonne tenue au pied.
La garniture doit permettre la bonne mobilité des parties postérieures du pied et le vieillissement de la ferrure.
Les ferrures étant renouvelées très souvent, les pieds rarement évasés et les sol durs, une garniture plus importante ne ferait que favoriser le déferrage.

Les relevés de pince ou de mamelle ou parfois de mamelle/quartier facilitant le départ du pied sont à réaliser avec un grand soin car il vont limiter les efforts sur la boîte cornée et les articulations inter-phalangiennes pendant cette phase.

La bonne analyse des aplombs, de la locomotion et de l’usure de la face inférieure de l’ancien fer permet de faire le meilleur choix de la position du "rolling" approprié.

Si on pose des cônes en pince/ mamelle, il faut les placer le plus possible vers la rive interne afin qu’ils ne s’opposent pas à l’usure imposée par la locomotion.

Les ferrures d’entraînement sont souvent munies de plaques sur les antérieurs: leur rôle est de protéger la sole des sols caillouteux et d’amortir les chocs répétés sur les articulations. J’utilise principalement des plaques "Shock tamer" car elles résistent très bien à l’usure et semblent avoir un effet amortissant correct.
Les pieds postérieurs sont rarement munis de plaques pour l’entraînement. Lorsque c’est le cas, seule la protection de la sole est recherchée et l’emploi de plaques bleues paraît suffisant.

Je n’utilise pas de produit de remplissage sous ces plaques car la qualité de la sole en est fortement diminuée.

Par conséquent, je pratique une petite ouverture en pince qui permet l’évacuation de tout objet qui a pu se glisser sous la plaque et qui pourrait s’il restait coincé, provoquer des contusions de la sole.

Le brochage est fait en principe à 6 clous pour les antérieurs et les postérieurs.
Les clous sont bien serrés dans les étampures à petits coups de brochoirs répétés plutôt qu’un seul grand coup.
Les rivets sont effectués avec beaucoup de soins et doivent être suffisamment solides pour maintenir le fer mais pas trop afin de permettre un déferrage accidentel.

III.  La ferrure de course
La ferrure de course doit répondre au mêmes exigences que la ferrure d’entraînement et doit être effectuée idéalement 10 jours avant l’épreuve.
Le parage ne doit en aucun cas rendre le pied sensible: il faut plus que jamais respecter l’intégrité de toutes les parties du pied.

Le choix des fers (acier ou alu) se fera en fonction du terrain sur lequel a lieu la course ; quelque soit le choix, les fers pour cette échéance auront été posés au moins sur la période d’entraînement précédant la course. Pour une meilleure tenue au pied antérieur j’utilise des fers à pinçons latéraux , les plaques fragilisant toujours un peu la ferrure.

Si le choix se porte sur des fers en aluminium, je m’assure qu’ils pourront résister sur toute la durée de l’épreuve car je pense qu’il peut être mauvais pour un cheval physiquement très sollicité de subir un re-ferrage au cours de son effort, qui implique, arrêt et immobilisation brutale, affolement et excitation.

L’ajustage de ces fers est identique à celui de la ferrure précédente, avec un minimum de garniture ; le vieillissement de celle-ci n’a pas d’importance car sa durée est celle de la course.
Le cheval ne doit pas avoir la possibilité de se déferrer car la course peut aussi se gagner ou se perdre en cas de déferrage.

Les fers sont munis d’au moins 2 cônes en éponges .
Les plaques sont les mêmes qu’à l’entraînement soit sans garniture soit remplies avec du "Luwex soft".

Le brochage est effectué à 8 clous pour les antérieurs et les rivets réalisés avec encore plus de soins si possible .

Cette ferrure de course est conçue pour être confortable pour la durée de la course : elle doit être renouvelée rapidement après l’épreuve surtout pour rétablir une garniture qui assurera un bon fonctionnement et un bon vieillissement de celle-ci.

Sommet