Le GEM
Ferrures et problèmes orthopédiques...
Aspects vétérinaires et ferrage du cheval d’endurance

Dominik BURGER, Médecin-vétérinaire
Haras national, Avenches - SUISSE
dominik.burger@bluewin.ch


Introduction
En endurance, il s’agit de parcourir le plus vite possible des distances de 80 - 160 km en un jour resp. 160 - 200 km en deux jours, où tous les 20 - 40 km des visites vétérinaires (vet gates) doivent être franchis. Les vet gates sont des arrêts obligatoires, où le temps de course est stoppé dès que le pouls du cheval a atteint une fréquence cardiaque de 64 et au-dessous et où a lieu un examen par rapport aux allures, au métabolisme et aux blessures. Il s’ensuit une pause de 30 - 60 min. Lors de ces contrôles comme aussi lors d’examen d’arrivée (unique dans les sports équestres), prévaut la philosophie qu’un cheval doit être "fit to continue", devrait alors supporter la prochaine étape sans dommage et par là ne pas mettre en danger son avenir sportif et sa santé.

Dans les championnats d’Europe et du monde, sur une distance classique de 160 km (100 miles), les temps moyens atteints par les meilleures paires sont en dessus de 18 km/h pour des temps de monte en dessous de 9 heures. C’est pourquoi l’endurance est à voir, surtout dans le cadre international, comme un sport de performance de top niveau. De nos jours, à la place du trot rapide, on essaie, à tous les niveaux, de parcourir la distance au petit galop et ce jusqu’à 75% du parcours. Le sol varie et est souvent plutôt dur ; env. 10% de la distance se passe sur les routes.

Les éperons ainsi que l’utilisation de la cravache et d’aides exagérées sont strictement interdits en endurance. Le taux moyen des concurrents arrivant à la fin du parcours sur un raid d’endurance internationale se situe vers 40-50%. Les éliminations sont dues pour 65% à cause des boiteries, 25% pour cause de problèmes métaboliques. Ces hauts chiffres sont attribués aux contrôles vétérinaires très stricts, contrôles entièrement acceptés par les cavaliers et pendant lesquels le moindre problème conduit très tôt à l’élimination. Sont surtout redoutés les dommages métaboliques, qui apparaissent lors de grande vitesse pendant une course sur une "courte" distance jusqu’à 120 km resp. sans difficultés topographiques. Une régulation thermique insuffisante ainsi qu’une perte liquidienne moyenne de 40-60 litres et la perte d’électrolytes liée à une alcalose sont des états qui doivent être suffisamment compensés par une complémentation orale et qui peuvent déboucher sur des symptômes pathologiques comme le flutter diaphragmatique synchrone (Synchronous Diaphragmatic Flutter, Thumps), le syndrome de tétanie, des myopathies ("Tying-up syndrome"), des coliques et des états d’épuisement (Exhausted horse syndrome, Post-exhaustion syndrome).


Sélection
A côté de la descendance (ne doit pas forcement être un cheval arabe), la taille est très importante (idéalement 150-155cm), les allures (correct, en équilibre absolu, très léger et coulant), le type (sang) et l’élevage (maintien robuste).

Au niveau de la conformation on demande de très bons sabots, presque surproportionés, et des membres corrects dans tous les axes. L’arrière-main devrait construire un triangle équilatéral: genou-tubérosité coxale-tubérosité ischiatique.


Orthopédie
Les boiteries sont la principale cause d’élimination en raid d’endurance. Dans les compétitions nationales, elles entraînent env. 95% des éliminations, dans les concours internationaux un pourcentage de env.65%.

La différence entre ces chiffres s’explique du fait que les chevaux avec une conformation insuffisante, de mauvais sabots, des problèmes de santé divers ou pas assez de robustesse ne passent que rarement la barre de sélection entre les concours nationales et internationaux. La cause de la boiterie peut se situer à n’importe quel niveau. La plupart du temps, il s’agit de problèmes de sabots et d’articulations ; les problèmes de ligaments et de tendons arrivent plus rarement en endurance que dans les autres disciplines de sports équestres vu la moins grande vitesse effectué.

Chez les vieux chevaux sélectionnés en endurance, ce sont surtout des problèmes fonctionnels ou de légères douleurs qui entraînent leur élimination au vet gate. Là apparaît la plupart du temps, suite à des problèmes musculaires secondaires (compensation du problème primaire), une boiterie relativement forte, qui s’atténue rapidement par la suite et qui n’est plus visible quelques jours après la course. Une fourbure toxique ou d’effort qui peut survenir encore quelques jours après la course doit toujours être exclue dans ce cadre.

Le diagnostique d’un problème de locomotion chez un cheval expérimenté et sélectionné en endurance est souvent d’autant plus complexe. Surtout le déroulement fonctionnel de l’appareil locomoteur doit être pris en compte dans son ensemble car il s’agit rarement seulement d’un problème, mais d’une cascade de petits changements qui sont en relation les uns les autres. Les „maladies de profession“ primaires les plus fréquentes du cheval d’endurance que le vétérinaire doit suivre, sont des problèmes des articulations du sabot et du boulet, des ligaments patellaires, des problèmes de l’appareil de suspension du boulet, et plus rarement de l’articulation du tarse et du dos

Une condition importante pour le cavalier d’endurance est alors une collaboration étroite, critique et de confiance avec des vétérinaires et des maréchaux-ferrants expérimentés dans le sport d’endurance.


Ferrage
La gestion du ferrage est conditionnée par les facteurs suivants:

1. le type d’engagement
2. la conformation
3. la santé

1.  Le type d’engagement
Pour les trois types de ferrage, repos, entraînement ou de course, les points d’un ferrage traditionnel sont toujours voir plus que jamais de rigueur, à savoir :

- un bon relevé de pince resp. raccourcissement de la pince
- de la garniture
- de la longueur en talon, surtout aux postérieurs
- un bon brochage

Course:  Les fers sont adaptés à la qualité du terrain, la distance et la vitesse.
Principalement on privilégie un fer aussi léger que possible sans réduire le confort. Des fers en matière plastique, aluminium, titan et d’autres fers spéciaux ont rarement donné de bons résultats en pratique - aussi sur terrain sableux - suite à la forte usure et autres inconvénients. Bien plus souvent des fers traditionnels en acier sont à nouveau utilisés.

Si le terrain l’exige, des plaques de protection ou une plaque amortissante ou les deux a la fois sont posées. Le choix de la plaque optimale est individuel, elle doit convenir le mieux au cheval et trouver le bon compromis dureté - amortissement - longévité. En règle générale se sont de solides soles en plastique qui sont utilisées sans ajout et découpée dans la pince de la sole. Néanmoins les soles sont de moins en moins appréciés, car en plus d’une charge supplémentaire de poids, elles peuvent poser un problème de santé au niveau de l’appareil de suspension du boulet.

Pointes et surtout crampons ne sont pas les bienvenus en endurance à cause de leur effet biomécanique négatif. Les pointes ne sont utilisées que lorsque le terrain l’oblige absolument, par ex. beaucoup de routes asphaltées sur lesquelles le risque de glisser augmente fortement à 20 km/h.

Un cavalier d’endurance est capable, à chaque instant et partout, de reclouer un fer, ce qui se fait en course surtout aux pauses des vet gates ; pour ne pas perdre de temps sur le raid, on utilise des easy-boots, qui sont adaptées de manière optimale auparavant et qui permettent de tenir jusqu’à 30 km.

Entraînement:  A l’entraînement (l’allure principale: le pas), des fers un peu plus lourds avec un fort relevé de pince/ raccourcissement de la pince sont employés, beaucoup de garniture et le moins de broche possible, afin de favoriser le mécanisme du sabot optimalement. Seulement sur indication médicale, des soles sont recommandées, ou des pointes pour des facilités d’entraînement en terrain spécial.

Repos:  La pause hivernale du cheval d’endurance dure en règle générale d’octobre à février. Les jeunes chevaux jouissent de cette période au parc sans fers, afin d’atteindre une régénération et une dureté optimale du sabot. Les chevaux plus âgés restent ferrés avec de lourds et confortables fers avec beaucoup de garniture.

2.  Conformation
De plus en plus régulièrement, les chevaux d’endurance tenus professionnellement ne sont plus seulement observés visuellement et en mouvement avant un ferrage, mais encore suivi par un examen radiologique afin d’adapter le ferrage (garniture, etc.) jusqu’à l’optimalisation du déroulement du mouvement dans ces trois allures de base.

3.  Santé
Vu la sollicitation exigée de l’appareil locomoteur, il faut porter une grande attention au balancement du sabot, qui doit être absolument correct. Souvent, on voit chez le type spécifique cheval d’endurance de trop hauts talons, ce qui peut entraîner entre autre une surcharge de l’appareil de suspension du boulet.

Dans le cadre des soins de la qualité du sabot, une très grande valeur est accordée à l’alimentation. Une grande quantité de fibres est très importante à côté de l’approvisionnement équilibré de minéraux/ vitamines, biotine incluse, et les changements de nourriture ne sont appliqués que pendant des périodes, où il est possible d’avoir un temps d’adaptation d’au moins 3 mois.

Et finalement: sans sabots, surement pas de cheval d’endurance!

Sommet