Le GEM
Ferrures et problèmes orthopédiques...
La ferrure du cheval d'attelage

Cyril BERTHET, Maréchal-ferrant
"La Portarie" 38 790 St-Georges-d'Espéranche - FRANCE
cb38@wanadoo.fr


Synthèse

1.  Historique Image 1
1.1. Pour adapter une ferrure il faut connaître un minimum le but de la discipline et l'environnement du cheval.
De toutes les disciplines équestre qui lient l'évolution de l'homme à celle du cheval, l'attelage est sans nul doute la plus riche en matière d'histoire, pas seulement parce qu'elle est la plus vieille d'entre elles, mais aussi par l'évolution et les diverses adaptations qu'elle a subies. C'est pourquoi avant de parler d'aujourd'hui, nous allons évoquer le travail de nos aînés.
Intéressons-nous à la période de référence de l'attelage, c'est-à-dire de la fin du XVIIIe jusqu'au début du XXe siècle. Les chevaux étaient attelés pour le transport de personnes, omnibus, tramway, suivi de chasse à courre, voiture privée cérémonies et aussi, transport de marchandises, services et livraisons, travail dans la mine, etc...

2.1.
A cette époque, les chevaux travaillaient dur à une fréquence quasi quotidienne (sauf les chevaux d'omnibus), sur des surfaces aussi variée que pavés de bois, de grès, de porphyre, du macadam, de l'asphalte. De plus les fers, très lourds, étaient dépourvus de rainures, à étampures profondes, à épaisseur irrégulière et conçus dans un matériau plus résistant que celui d'aujourd'hui ; cet ensemble de faits et de caractéristique provoquait de nombreuses glissades et chutes.
Image 2 Les blessures occasionnées et le matériel cassé préoccupaient les professionnels de l'époque, aussi bien les vétérinaires, les maréchaux-ferrants que les fabricants de voitures. Chacun y allait de sa petite recette. Afin d'éviter ces glissades intempestives on adaptait à la ferrure des matériaux tels que : caoutchouc vulcanisé, gutta-percha, cuir durci, liège, corne, même de la paille tressée ainsi que des crampons fixes ou amovibles. Les statistiques des grands carrossiers de Paris prouvent l'efficacité de ces procédés puisque les ventes de timons et brancards avaient fortement baissé.
Mais ce n'était hélas pas le seul problème à gérer, ces fers lourds et épais s'usaient quand même très vite.
Quelques chiffres illustrant la maréchalerie de l'époque :
Les chevaux étaient ferrés tous les huit à vingt jours selon leurs travaux. Les 15'550 chevaux des trois compagnies d'omnibus et de tramway couvraient 457 km de lignes dont 198 km de lignes de tramway ; ils transportaient 240 millions de voyageurs par an. Pour les compagnies, la maréchalerie c'était : plus de 26 ferrages par an et par cheval soit 405'410 ferrages au total pour un budget équivalent à 1'400'000 €. Le ferrage d'un cheval d'omnibus coûtait vers 1900 34,5 €.

3.1. Citons deux de ces plus fameuses ferrures :
Ferrure Lafosse (maréchal des Petites Ecuries du roi, XVIIIe siècle).
En 1885, elle a séduit au point d'être appliquée à tout le cheptel de la compagnie des omnibus. Elle avait pour caractéristique de faire reposer la fourchette au sol sans trop dégager les talons (pince courte et talons hauts) l'épaisseur du fer diminuant progressivement de la pince vers les talons prévenant ainsi de l'usure prématurée.

Ferrure Charlier ou périplantaire. Brevetée en 1865 par le vétérinaire de la Compagnie des petites voitures de Paris, cette ferrure n'est autre que la reproduction métallique d'une sorte de segment de la paroi dans ses régions inférieures. Le parage se faisait à l'aide de rognes pieds coudés (Pontoise) qui permettaient de parer la paroi sans affaiblir la sole créant ainsi une sorte de gorge où le fer venait se loger. La face inférieure du fer est plus large que la face supérieure et le fer est plus couvert en pince et en mamelle qu'au niveau des talons.
La rive externe suit l'obliquité de la paroi.
Le fer est en acier et appliqé avec des clous à tête ovale.

Image 3
2.  La ferrure d'auiourd'hui
1.2. L'attelage aujourd'hui a pris des formes plus ludiques, telle que le sport, le loisir, la découverte de sites touristiques, la tradition, le spectacle, le cinéma, la publicité, etc..
Dans toutes ces activités, on retrouve la diversité des terrains, ce qui rend d'autant plus difficile le choix de la ferrure idéale. Les terrains idéaux sont peu profonds et peu résonants afin de ménager les pieds et l'effort des chevaux.

Nous ne parlerons dans tout le développement à suivre que de l'attelage de sport afin d'éviter de se disperser. Il conviendra alors de modeler certains commentaires en fonction du type d'attelage pratiqué par le cheval que vous aurez à traiter.

Schéma d'un concours international ou d'un championnat
Tests Terrains Allures Vitesse
A :
Dressage
But : Jugement de la soumission, de la liberté des allures, de la régularité, de l'harmonie, l'impulsion la souplesse et l'incurvation
Herbe ou sable
Peu résonant et peu profond
Pas et trot Voir temps réglementaire (différent selon les reprises)
B :
Marathon
But : Endurance, niveau de préparation, rapidité, cadence
Herbe, sable, chemin et routes, (gué)
Profondeur et résonance très variables
Phase A : Libre
Phase B : Pas
Phase C : Trot rapide
Phase D : Pas
Phase E : Libre
15 km/h
7 km/h
19 km/h
17 km/h
14 km/h
C :
Maniabilité
But : Dextérité du meneur et rapidité des chevaux. Tester la bonne condition, l'obéissance et la souplesse des chevaux après le marathon
Herbe, sable
Peut résonant et peu profond
Libre De 210 à 220 m/min
(soit + de 13 km/h)

2.2. Caractéristiques générales de la ferrure
Section les fers proportionnelle à la taille des pieds (quasi identique au ferrage de selle).
Ordinairement en acier (parfois en aluminium) "pas d'autres matériaux".
Robuste (couverte).
Confortable (facteur amortissant).
Antidérapante (pointe de tungstène crampons amovibles, relief de la face inférieure du fer).
Presque toujours munie de pinçons (toujours sur les postérieurs).
Sans surcharge de poids.
Pince des postérieurs couverte (pas de pince tronquée).
Répétée toutes les 6 semaines environ.

Image 4
a.  La ferrure en aluminium
Bien que peu appliqué, ce type de ferrage peut être utile et intéressant, notamment pendant l'épreuve de dressage, et repoussera l'apparition des premiers signes de fatigue lors du marathon. En revanche, il ne présente que peu d'intérêt sur les postérieurs préférez en ce cas des fers acier de 8 mm d'épais.
Le choix du type de fer et du type d'alliage est l'élément principal de l'efficacité de la ferrure.
JM Goubault recommande de biseauter les fers ACR en tenant compte de l'usure des fers précédents, cela améliore la durée de la ferrure contrairement aux idée reçues Enfin selon la dureté de l'alliage, les pointes de tungstène ne seront pas indispensables.
Comparatif : A taille égale (taille 4 pour cet exemple) un fer aluminium nous permet de gagner plus de 66 % du poids par rapport à un fer acier.

b.  Robustesse
La couverture du fer, les pinçons et le type de clous sont les principaux éléments de la robustesse du ferrage.
Les problèmes d'usure sont (souvent) plus prononcés sur les postérieurs, le raclement de la pince est assez marqué, on peut alors la couvrir davantage sans trop reculer le fer.

c.  Confort
Le confort s'obtient comme dans les autres types de ferrage. Les plaques de protection et/ou amortissantes devront être solides (cuir, plaques "carré" "sidewinder", etc..).
Les plaques de cuir donnant de bons résultats dans le cadre de la prévention.
On peut évidemment compléter la ferrure avec du silicone.
Quand la paroi doit être reconstituée, il peut être utile de laisser un espace entre le fer et la résine (sorte de sifflet) en vue de diminuer les chocs sur cette dernière.

d.  Adhérence
Les pointes de tungstène sont toujours utilisées placées de manière symétrique (plan frontal) pour éviter les torsions latéro-médiales.
Deux en pince et/ou deux en éponge (2 suffisent dans la plupart des cas)
Les crampons seront amovibles (fers aluminium avec filets rapportés) ils peuvent être mis juste avant la phase E lors de l'arrêt vétérinaire.
La ou les rainures, le profil du fer, également le relief de la face inférieure peuvent accroître l'adhérence. Ce dernier élément peut se modifier à l'aide d'une tranche à rainer ou d'un outil (type étampe) de surface large et carrée par l'exemple. Ce procédé est à utiliser avec précaution compte tenu des arêtes vives qu'il va créer (à proscrire sur les antérieurs des timoniers).

Attention
Abus d'éléments adhérents = contrainte de la locomotion (lésions ostéo-articulaires favorisées)

Image 6
e.  Le poids
L'excès de poids entraîne une fatigue prématurée, accentue l'usure et les vices d'allures, par conséquent, il va contre l'aisance de la locomotion.
Comparatif : A taille égale (4) un fer acier de 8 mm nous permet de gagner plus de 22 % du poids par rapport à un fer acier de 10 mm d'épaisseur.

f.  Fréquence de ferrage
Les maréchaux et les propriétaires sont d'accord au moins à ce sujet, la moyenne idéale est de 6 semaines, évidemment cela dépend quand même des sujets et du calendrier des concours avec lequel il nous faut tous composer. Toutefois, il est fait cas que des ferrages très répétés pourraient favoriser le resserrement des talons (pas observé personnellement).

3. Pathologies et arythmies fréquentes
1.3. Arythmies
Dans cette discipline les causes sont nombreuses et de nature différente.
Un mauvais réglage du harnais peut créer des lésions dorsales ou au poitrail, ou même une tension du sur cou sur le ligament supra épineux, par exemple.
Le plus souvent il s'agit soit d'une mauvaise gestion de l'effort soit de lésions ostéo-articulaires. Un des avantages de l'attelage est de pouvoir observer certains problèmes de locomotion depuis la voiture.

2.3. Pathologies
Membres thoraciques
Généralement moins lésées que chez la plupart des chevaux d'autres disciplines, surtout concernant le syndrome podotrocléaire (Peut-être moins de sollicitation de la flexion digitale). Le fait de varier les surfaces de travail sans subir des réceptions violentes peut cette fois se tourner en avantage, ceci est une supposition qui mérite d'avantage de recherche.

Membres pelviens
Ils sont le siège des lésions les plus fréquentes, de plus le jarret est le site de la majorité des affections des postérieurs L'un des troubles le plus fréquent chez l'adulte est l'éparvin.
Les lésions affectent le plus souvent l'articulation intertarsienne distale (AITD) puis la tarsométatarsienne (ATMT) ou les deux, ce qui correspond au site ou les forces sont concentrées. Il est plus rare chez les poneys que chez les chevaux lourds, les demi-sang et les
pur-sang de grande taille (peu en attelage). L'éparvin est favorisé par une conformation de jarrets clos ou droits, la forme congénitale n'est pas exclue, il existe aussi une forme juvénile et une forme dure (lésion visible non douloureuse et froide en face médiale ou dorsomédiale).
La boiterie généralement débute de manière progressive et plus ou moins intense (difficile à détecter). Elle est souvent plus marquée à froid et s'améliore à chaud, en revanche s'empire après un travail excessif ou sur le cercle.

3.3. Traitements
Ils sont conservateurs (traitement de la douleur uniquement) ou chirurgicaux (infiltrations ou forage) et s'accompagnent d'un ferrage adéquat.
Le ferrage aura pour but de soutenir la partie latérale et de diminuer les pressions médiales (Branche latérale plus couverte que la branche médiale) ce dispositif peut être complété par un effet amortissant.

4. Bibliographie iconographie et remerciements
Bibliographie et iconographie
Fond Seeberger frères 1900-1925 Bibliothèque Nationale de Paris
"Précis de maréchalerie" 1996 Editions Maloine
"Le maréchal-ferrant militaire suisse" 1925 Journaux professionnels & Imprimerie S.A.
"Le nouveau parfait maréchal" 1745 Bordelet Par Garsault
"Il y a un siècle…le cheval" 2003 Rosine Lagier
"Archives du cheval" 1996 J. Borgé et N. Viasnoff, Ed Michèle Trinckvel
"Traité de maréchalerie" 2 ème édition Librairie J-B Baillière et fils
"La ferrure du cheval d'attelage en compétition" F. Cavé Maréchal-ferrant
"Affections spécifiques des chevaux d'attelage de sport "
Tours 2002
Dr Patrick Thiriez & Dr Anne-Violaine Brisou
Catalogue du "comptoir des fers à cheval à valenciennes" 1894 E. Beugnies fils, graveur imprimeur, Maubeuge
"Le cheval dans la vie quotidienne" 1996
Edition JM Place
Bernadette Liset chercheur au CNRS

Remerciements
  • JM. Goubault et F. Cavé maréchaux-ferrants (Haras du Pin)
  • LM. Desmaizières Dr Vétérinaire (ENVT)
  • Aufort Maréchal-ferrant (Allier)
  • P. Thiriez & A-V. Brisou Dr Vétérinaires (équipe de France d'attelage)
  • Toutes les personnes qui ont bien voulu répondre à mes questionnaires
  • J. Sarlet Maréchal-ferrant (Belgique)
  • E. Cauvin Dr Vétérinaire (ENVL)

5. Conclusion
La pratique de l'attelage s'accompagne de certaines notions indissociables.
Terrains variés.
Effort constant.
Usure rapide des fers.
Glissades faciles.
Pathologies plus fréquentes sur les postérieurs.
Le ferrage des chevaux d'attelage ne comporte pas de difficulté majeure, il fait simplement appel à l'observation de chacun. Cependant, il est préférable de faire des applications progressives et dans la mesure du possible, alléger la ferrure. Bien qu'il soit difficile de tenir compte de la place des chevaux dans un attelage à quatre par exemple, la proximité des chevaux nous oblige à être vigilant sur la garniture, mais nous ne devons en aucun cas la supprimer.

Sommet