Le GEM
L'équilibre et l'équilibrage du pied

Analyse de la surface d'appui: les points d'équilibre et les divisions

Didier THIÉBAUT, Maréchal-ferrant
Poisson-Moulin 2, 6640 Sibret - BELGIQUE
d.thiebaut@wanadoo.be


Rappel
Lors de la mise en charge, le poids du cheval se transmet par la colonne osseuse du membre, pour aboutir à la compression du pied. Celui-ci sert de socle qui fait office de base d'appui en prenant en charge tout le poids du cheval.
Ainsi, la charge tombe sur le centre articulaire PII-PIII. A l'aplomb de ce centre articulaire, se trouve le centre géométrique du pied, autour duquel est articulée la surface plantaire.
Fig. 1

Répartition des charges sur la surface d’appui
Le centre de surface est localisé aux 2/3 antérieurs de la fourchette. Autour de ce centre se réparti la surface d'appui, qui correspond à la face plantaire du pied, ou à la face inférieure du fer lorsque le cheval est ferré.
Si le centre de surface est au milieu de la surface d'appui, la surface d'appui est équilibrée, les charges se répartissent harmonieusement sur toutes les parties qui prennent part à l'appui.
Si le centre n'est pas au milieu de la surface d'appui (en fait, c'est la surface d'appui qui s'est déplacée par rapport au centre), les pressions ne sont plus réparties harmonieusement sur toutes les parties qui prennent part à l'appui, certaines parties sont en surcharge, il y a déséquilibre de la surface d'appui.
Fig. 2

Pour visualiser et analyser la surface d'appui, on peut utiliser deux moyens: on évalue les divisions, ou on analyse les points d'équilibre.

Les divisions
Evaluer les divisions, c'est faire le rapport de chaque partie du pied avec son homologue latéro-médial. Ainsi on compare la mamelle interne avec la mamelle externe, le quartier interne avec le quartier externe, le talon interne avec le talon externe. Pour ce faire, on coupe la surface d'appui en deux selon un axe antéro-postérieur, passant par le centre de la pince, la pointe de la fourchette et la lacune médiane. On compare ainsi par effet miroir la surface d'appui interne et la surface d'appui externe.
La surface d'appui (ou le fer) qui est "dans les divisions" voit une équidistance des deux mamelles par rapport à la ligne médiane, le quartier externe plus éloigné de la ligne médiane que le quartier interne, et les deux talons à égale distance de la ligne médiane.
Lorsqu'on ne retrouve pas ces équivalences comparatives, on dit que la surface d'appui "sort des divisions".
Fig. 3

On voit tout de suite les limites d'une telle analyse: la surface d'appui est évaluée sur une comparaison interne-externe, sans que ne soit envisagée une notion antéro-postérieure. Une surface d'appui peut donc être dans les divisions, et être complètement déséquilibrée, en devançant le centre, par exemple.
C'est la raison pour laquelle cette méthode est surtout utilisée pour évaluer l'équilibre d'un fer (pas de centre articulaire puisque pas de fourchette) en se basant sur une ligne médiane qu'on peut tracer sur l'enclume. Cette méthode à l'avantage d'être rapide, imagée, et facilement visualisable pour les débutants.

Les points d'équilibre de la surface d'appui
La surface d'appui est représentée schématiquement par six points (deux mamelles, deux quartiers, deux talons). Ces six points reliés entre eux dessinent une forme géométrique. La position de chacun des points par rapport au centre de surface nous permet d'analyser la surface d'appui. On remarque ainsi que les points sont tous à égale distance du centre (quartier interne plus proche que les autres), ce qui signe une disposition harmonieuse de la surface autour du centre, et donc une répartition harmonieuse des charges sur l'étendue de la surface d'appui.
Constatons également que cette méthode ne se réfère pas à un standard du "beau pied" utopique, mais que chaque pied, ou forme de pied, peut être représenté et jugé équilibré si les points d'équilibres sont répartis harmonieusement.
Fig. 4

Les défauts de surface d'appui
En dessinant les points d'équilibre et la forme géométrique d'une surface d'appui, on se rend souvent compte que l'équilibre n'est pas respecté, et donc la répartition des charges n'est pas harmonieuse.

- Un des points d'équilibre se rapproche du centre, la surface qu'il offre pour supporter la pression qui lui incombe est diminuée. Cette région du pied est en surcharge: charge égale et surface diminuée, augmentation de la pression par simple principe mécanique. C'est en général un cercle vicieux, le point se rapproche, il est en surcharge, plus il est en surcharge, plus il se rapproche.
C'est très parlant avec les talons.
Fig. 5

- Un des points d'équilibre s'éloigne du centre. On pourrait croire que la surface d'appui augmentant, les pressions diminuent et la région se porte mieux. En fait, on assiste à deux phénomènes :
L'horizontalisation des fibres cornées. Plus un point s'éloigne du centre, plus les fibres cornées sont horizontales, plus il a tendance à s'éloigner. Ici aussi c'est un cercle vicieux, bien connu dans le cas des pieds plats, par ex.
La surcharge articulaire. Plus la distance est grande entre un point et le centre, plus la contrainte articulaire augmente. Ceci est valable pour les deux points de mamelles qui avancent (pince longue, et bascule antérieure contrainte), ou pour les points de quartiers qui s'écartent (et contrainte accentuée sur la volte, par ex.). C'est exactement l'inverse du principe de "full rolling motion".
Fig. 6

Rééquilibrer la surface d'appui, solutions apportées par la maréchalerie
Lorsqu'une surface d'appui est déséquilibrée, la maréchalerie peut apporter plusieurs solutions pour y remédier. Garder toujours à l'esprit qu'une surface d'appui équilibrée permet une répartition harmonieuse des charges, et que cet équilibre est indispensable pour garantir un travail conservateur.

Le parage: gardons toujours à l'esprit qu'un parage bien pensé (de face et de profil) contribue à l'équilibre de la surface d'appui. Les erreurs de parages mettent la surface d'appui en déséquilibre, et rectifier les erreurs, supprimer la cause du déséquilibre, permet un rééquilibrage de la surface d'appui.
Le parage permet également un rééquilibrage par le travail de la face pariétale (une pince longue peut être rapée, un quartier évasé également).

Le positionnement du fer sous le pied: le jeu des garnitures permet de rééquilibrer un ou plusieurs points qui se serait rapproché du centre. Les extensions et prolongements divers permettent également de travailler dans ce sens.
Les branches ou les différentes parties de fer tronquées permettent de rapprocher un ou plusieurs points d'équilibre qui se seraient éloignés. Une branche forgée oblique, et qui passe "sous le pied", une pince tronquée, travaillent dans ce sens.
Rappelons que naturellement, le fer positionné de façon particulière sous le pied doit être étampé à cet effet: en position correcte et offrant ainsi une surface d'appui équilibrée, les contre-perçures pointent dans la ligne blanche. Cela nécessite bien souvent de forger le fer, ou de réétamper le fer mécanique choisi.
Fig. 7

Conclusions
Analyser une surface d'appui est somme toute assez simple dans son concept. La mise en pratique requiert de l'exercice et de l'habitude. Comme pour toute technique, il faut s'exercer et pratiquer pour acquérir le "coup d'œil" qui donne une information utile. Mais ne nous formalisons pas, dans la maréchalerie de tous les jours, nous utilisons déjà ce genre d'analyse: un talon se renverse, d'instinct on coupe les parties renversées pour ensuite garnir le talon.
Terminons en insistant sur le fait que l'analyse minutieuse de la surface d'appui nous donne une foule de renseignements, tant sur la répartition des charges, que sur les aplombs, les particularités d'allures, ou même le pronostic face à certaines pathologies. Tout maréchal retire de ce genre d'analyse de quoi satisfaire bonne part de ses interrogations.

Sommet