Le GEM
L'équilibre et l'équilibrage du pied

Le PG shoe

F. Desbrosse, DVM - ECVS
Clinique Equine à Saint-Lambert des Bois - FRANCE
f.desbrosse@wanadoo.fr


Les fers PG sont d'origine Suédoise. Leur conception date d'il y a vingt ans. Les objectifs originels étaient d'obtenir l'appui furcal, d'être amortissants et d'avoir un effet anti-botte dans la neige.

Le fer PG est constitué d'une plaque aluminium rigide, et d'une semelle en polyurethane, en forme d'étoile à sept branches. Il faut des clous à tête plate pour fixer la plaque sur le pied du cheval. Une mousse de calfeutrement est interposée entre le pied du cheval et cette plaque. La semelle en polyuréthane est fixée par des vis directement sur la plaque. Le fer existe en trois pointures n° 2, 4 et 6.

Les caractéristiques physiques des fers PG sont résumées dans le tableau ci-après.
Pointure N° 2 N° 4 N° 6
Largeur en mm 125 140 161
Longueur en mm 136 152 167
Epaisseur en mm (version normale)
  • tôle alu
  • semelle polyuréthane

3
11

3
11

3
11
Epaisseur en mm (version légère)
  • tôle alu
  • semelle polyuréthane

2
9

2
9

-
-
Poids en gr (version normale) 260 320 440
Poids en gr (version légère) 175 215 -

Les caractéristiques biomécaniques des fers PG sont intéressantes. La rigidité de la plaque aluminium est suffisante pour protéger la sole. Cependant, comme toute ferrure utilisant l'aluminium, elle ne protège pas la paroi des déformations, et certains chevaux ne supportent pas ces ferrures. L'association plaque aluminium et semelle polyuréthane possède des propriétés très amortissantes. La semelle en polyuréthane, en forme d'étoile à sept branches, permet un effet "roulant" sur tout le pourtour du pied (full-rolling-shoes). Cet effet roulant est obtenu dès que la sole du pied du cheval n'est plus parallèle au sol de la piste. Par contre, lorsque le pied est à plat, la base de sustentation du pied ferré est identique à celle du pied déferré. Ainsi on a une ferrure qui se comporte différemment pendant les différentes phases de la foulée. L'effet roulant est dominant pendant la phase de l'impact et celle de la propulsion. La stabilité est dominante durant la phase d'appui. L'effet roulant reste optimal quelle que soit l'orientation du pied, que ce soit durant le poser à l'impact, ou que ce soit durant le positionnement à la propulsion. Si on prend en compte l'effet amortissant du polyuréthane, on a un système capable de répartir au mieux les pressions qui s'appliquent sur le pied. La ferrure PG a un poids, et une épaisseur, plus importants qu'une ferrure sportive traditionnelle. Ceci induit une trajectoire de la foulée plus haute. De par l'effet roulant en pince, la force de propulsion est diminuée, ceci soulage le cheval, mais diminue ses performances. Les propriétés antidérapantes du polyuréthane au contact du ciment ou de l'asphalte confèrent un effet bloquant à cette ferrure, sur ce type de sol.

Les effets du fer PG sur les diverses structures du pied découlent des propriétés biomécaniques étudiées ci-dessus. La paroi et le podophylle supportent des charges beaucoup mieux réparties avec la ferrure PG qu'avec les autres ferrures. Il s'ensuit un grand confort pour le pied. Ceci peut être mis à profit lors de fourbure subaigüe ou chronique. La sole est protégée. Le tendon fléchisseur profond du doigt et l'appareil podotrochléaire subissent moins de contraintes. Les contraintes sont aussi diminuées au niveau des structures osseuses. Ceci est particulièrement intéressant au niveau de la plaque sous-chondrale des articulations. Au niveau des ligaments et des capsules articulaires, cela va dépendre de la nature du sol. Si la ferrure a un effet bloquant, les contraintes sont augmentées ; s'il n'y a pas d'effet bloquant, les contraintes sont diminuées.

L'innervation du pied est sensitive (cf. tableau annexé). Elle est particulière, riche en mécanorécepteurs spécialisés sensibles soit aux variations lentes de pression contrôlant la station, soit aux variations brutales contrôlant la locomotion. Ces récepteurs sont localisés préférentiellement dans la région postérieure du pied, ils sont absents en face dorsale. Il existe des nocicepteurs répartis un peu partout dans le pied. L'innervation de la membrane kératogène est mal connue. Le mécanisme de la douleur fait intervenir des récepteurs (neurorécepteurs), les influx sont transmis par des nerfs sensitifs spécialisés, qui convergent dans la corne dorsale de la moëlle épinière, puis après relais passent dans la corne ventrale opposée, puis atteignent les différentes structures du système nerveux central, jusqu'au cortex. C'est à ce niveau que la nociception devient réellement douleur avec un aspect émotionnel. A tous les niveaux, il y a des mécanismes de contrôle de la douleur et des possibilités d'action thérapeutique. Enfin, il y a des interactions entre les médiateurs de la douleur et ceux de l'inflammation : l'inflammation provoque de la douleur, mais la douleur peut aussi engendrer de l'inflammation et des troubles ostéo-articulaires, c'est l'inflammation neurogénique.
Une autre particularité du pied du cheval, c'est le phénomène de compartiment. La rigidité du sabot du cheval limite l'extension des tissus mous qu'il contient. Ainsi, en cas d'inflammation, on arrive rapidement à un syndrome de compartiment. Si l'on associe les deux particularités décrites ci-dessus : présence de barorécepteurs spécialisés dans le pied du cheval, et le fait que toute inflammation induit un phénomène de compartiment, on comprend aisément l'importance de la répartition des pressions au niveau du pied. En fonction de cette répartition des pressions dans le pied, le cheval ressentira du confort ou de la douleur. Un aspect de l'art de la maréchalerie consiste à bien répartir les pressions. Une qualité première du fer PG est justement de bien répartir les pressions.

La nature du sol influence les effets de la ferrure PG. Sur la litière et le sol du box, c'est le confort qui domine. En effet, l'effet roulant joue son rôle dès que le pied change d'orientation. Or ce changement d'orientation du pied est quasi constant lors du phénomène de piétinement au box. Par ailleurs, la répartition des pressions sous le pied du cheval donne un confort optimal lors de la station. Sur sol dur, les effets roulant et amortissant dominent. Ce sont des effets bénéfiques. L'effet bloquant a l'avantage de tempérer le glissement qui peut accompagner l'effet roulant. Si l'effet bloquant devient trop important, cela devient un inconvénient. En effet, le blocage du pied au sol induit des contraintes en cisaillement au niveau des capsules et des ligaments. Cela peut se produire sur les chevaux qui posent leur pied à plat au moment de l'impact. Non seulement ce type de locomotion ne nécessite pas l'utilisation du fer PG, dont l'effet "full rolling shoes" n'est pas nécessaire ici, mais comporte aussi une part de contre-indication. Sur le sol ferme, mais dont la surface reste pulvérulente, comme une piste de trot, par exemple, l'effet bloquant n'existe pas et restent les effets amortissant et roulant. Sur le sol sableux, l'effet roulant persiste en toutes circonstances. L'effet d'amortissement va jouer sur le sable mouillé et ne jouera pas sur le sable sec. Sur le sable trop sec, l'effet de roulement peut devenir un handicap à la locomotion. Les pistes de galop artificielles, tous temps, en sable fortement fibré sont naturellement bloquantes. Sur ce type de piste l'effet bloquant du fer PG devient un handicap. Sur le sol en herbe, la semelle en polyuréthane devient glissante. Sur ce type de sol, certains chevaux ne se sentent pas à l'aise. Au pré le risque de déferrure avec les fers PG est supérieur à celui des autres ferrures. Le fer PG apparaît comme peu compatible avec la mise au pré. Sur la neige et la glace, la ferrure PG a l'avantage d'être anti-botte. Il y a une semelle fournie par le fabricant avec des pointes en tungstène d'une hauteur avoisinant le centimètre et faisant office de crampon. Lorsque on est amené à utiliser ce type de semelle, il faut les enlever dès le retour au box, car sur un sol autre que la neige ou la glace, ces crampons suppriment tous les effets biomécaniques de la ferrure et rendent les chevaux boiteux en quelques jours. On a le même phénomène avec les semelles fines, usées, lorsque les têtes de vis qui servent à les fixer sur la plaque aluminium, dépassent. Pour ces raisons, les semelles fines de la ferrure PG ne nous semblent utilisables que pour une course et doivent être changées aussitôt au profit de la semelle épaisse.

On peut résumer ainsi les effets positifs de la ferrure PG : protection de la sole, amortissement, répartition des pressions., effet roulant, base de sustentation et stabilité conservées, équilibre des contraintes. De même, on peut résumer les aspects négatifs : contraintes sur la paroi augmentées, mal supportées par certains chevaux, brochage pouvant être plus fragile et nécessitant une technique de pose spécifique, poids de la ferrure supérieur aux ferrures sportives conventionnelles, possibilité d'effet bloquant sur sol dur, en fonction du type de locomotion du cheval, glisssement sur l'herbe, possibilité de diminution de performances en raison de l'effet roulant de la ferrure qui diminue la force de propulsion. Il est à noter, ici, que cet effet négatif est en général largement compensé par la disparition de la douleur qui permet au cheval de recouvrer toute sa puissance. Enfin, dans les aspects négatifs, on peut noter aussi : la technique de pose spécifique et le prix plus élevé que pour les ferrures traditionnelles et surtout très variable d'un maréchal à l'autre.

La technique de pose de la ferrure PG est assez spécifique. On a le choix entre trois tailles de fer : n°2, n°4 et n°6. Plus la taille du pied du cheval se rapproche de la taille standard du fer, mieux cela est. En effet, lorsqu'il faut retailler dans de trop grandes proportions, le fer standard, cela se fait aux dépens de la longueur des branches de l'étoile de la semelle en polyuréthane. Les semelles en polyuréthane dont les branches sont trop courtes ont un moins bon effet roulant. Le pied du cheval est paré normalement, puis la plaque aluminium est présentée et tracée à la dimension du pied du cheval. La découpe est faite avec un instrument spécial fourni par le fabricant. Les maréchaux qui ne possèdent pas cet instrument très pratique utilisent soit la scie à ruban, soit la tronçonneuse à matériaux, soit la meuleuse. Il en est de même pour les étampures qui sont repérées partout là où elles sont souhaitables, y compris en regard des branches de l'étoile. Ces étampures sont alors réalisées soit avec l'instrument fourni par le fabricant, soit à l'aide d'une perçeuse. Cette étape de traçage et percement peut sembler une contrainte pour le maréchal. En fait, c'est un plus car le fer est, dans ces conditions, parfaitement adapté à la taille du pied du cheval et surtout les clous peuvent être placés là où cela est souhaitable, sans être tributaire des étampures du fabricant. Les clous qui servent à brocher la plaque sont des clous spéciaux à tête plate. Il est cependant possible d'utiliser des clous standard de petite taille. Au moment du traçage de la plaque, une erreur est fréquemment commise au niveau des "éponges du fer". Souvent la longueur originelle de la plaque, est conservée, on aboutit ainsi à un fer à éponges prolongées, ceci augmente le risque de déferrure, ce dont souvent se plaignent les maréchaux avec ce type de ferrure. Il ne faut pas oublier alors, au moment du traçage, qu'il est possible, voire souhaitable de raccourcir la longueur de la plaque, et de ferrer "court" les chevaux à risque de déferrure. Avant de fixer le fer, il faut prendre en compte la façon dont on va occuper l'espace entre la plaque et la sole. Dans la ferrure PG standard, le mieux est de traiter la sole pour qu'elle durcisse avec du violet de gentiane, par exemple, puis de placer de la mousse de calfeutrement entre la sole et la plaque. Si on est en présence d'un pied comble avec risque de contact de la sole avec la plaque aluminium, on écartera cette dernière en interposant entre la paroi et la plaque aluminium, un cuir découpé sur tout le pourtour. Si l'on désire faire participer la sole à l'appui du pied, il est possible de couler un élastomère en fin de pose de ferrure, entre la sole et la plaque, mais cela augmente le poids de la ferrure. L'étoile est ensuite présentée et positionnée sur la plaque. Il est possible alors de pratiquer de deux façons, soit directement tailler les branches de l'étoile à la pince à parer, soit de les tracer et de les tailler au rogne pied ou à la meuleuse. La taille des branches de l'étoile peut s'effectuer soit droite, soit oblique. En fonction de l'obliquité on aura plus ou moins d'effet roulant à l'endroit où on le désire. Une fois les branches correctement taillées, la semelle en polyuréthane est fixée sur la plaque à l'aide de quatre vis. Il peut être utile de protéger ces vis en graissant leur filetage d'une part, et en noyant leur tête dans un peu de polymère, d'autre part, afin d'en faciliter le démontage ultérieur.

La technique de déferrure nécessite de démonter la plaque en dévissant les vis, les clous sont dérivés classiquement, et la ferrure est "arrachée" en introduisant les manches des tricoises entre les lacunes de la fourchette et la plaque aluminium, en faisant bras de levier.

Les indications de la ferrure PG découlent de ses caractéristiques physiques, biomécaniques et des effets décrits ci-dessus. On peut donc retenir les indications suivantes : le syndrome podotrochléaire, notamment la forme articulaire de ce syndrome, l'affection dégénérative articulaire inter phalangienne, les formes coronaires, l'hyperostose de la troisième phalange, la pathologie du podophylle et certaines fourbures, la desmopathie des branches du suspenseur du boulet. Concernant cette desmopathie des branches du suspenseur, à première vue l'utilisation de fers PG peut sembler inappropriée. En fait, le fer PG est indiqué durant toute la phase de réhabilitation après le traitement des desmopathies de suspenseur en raison du rôle qu'il joue dans le rééquilibrage des contraintes. Lors de tendinite du suspenseur, le pronostic est meilleur pour les localisations au niveau du corps du suspenseur que pour celles au niveau des extrémités. Il y a plusieurs raisons à cela. Parmi ces raisons, il y a la différence de tension au niveau des branches, distalement, et au niveau de la portion médiale ou latérale de l'insertion, proximalement. La ferrure PG équilibre ces tensions. Par ailleurs, lors de la réhabilitation, il y a une phase où les chevaux coordonnent mal leurs gestes entre les fléchisseurs et les extenseurs, que ce soit aux antérieurs ou aux postérieurs, ceci se traduit par le phénomène de bouleté aux allures. Si cet incident de "bouleté" survient aux vitesses déjà assez rapides, il y a un fort risque de récidive de la desmopathie du suspenseur. En plaçant des fers PG à l'envers, c'est-à-dire la pince en talons et les talons en pince, on obtient le même résultat qu'avec un fer traditionnel à "pince carrée". Ce type de ferrure supprime le phénomène de bouleté. En utilisant, la ferrure PG dans les desmopathies de suspenseur, il est prudent de ferrer le cheval "court en éponges".

En conclusion, la ferrure PG bien qu'ancienne d'une vingtaine d'années, reste innovatrice. Comme pour toute innovation, les avis sont partagés. Les motivations du vétérinaire pour l'utilisation de cette ferrure tiennent à son effet "full rolling shoes". Les réserves de l'entraîneur ou du cavalier vis-à-vis de cette ferrure concernent, elles, les modifications des allures et une éventuelle diminution de performance. Parfois, l'aspect financier est aussi présenté comme facteur limitant chez les chevaux de selle. Les réserves du maréchal proviennent souvent du risque de déferrure, parfois du changement d'habitude.

Nous espérons que l'analyse qui a été faite, ici, des propriétés de cette ferrure permettra à tous de mieux l'aborder et de lui donner la place qu'elle mérite dans l'art de la maréchalerie.

Type de
récepteur
Morphologie
et nerfs afférents
Type de récepteur
et de sensibilité
Mode de sensibilité Localisation Remarques
Corpuscules
de Pacinian
- Oignon
- Fibres
myélinisées +++
- Barorécepteurs
- Conduction rapide
- Réponse aux pressions instantanées
- Ne répondent pas aux pressions lentes
- Réponse aux intervalles de stimuli > 1 seconde
- Ne répondent pas aux intervalles de stimuli < 1 seconde
- Talons
- Fourchette
- Absent de podophylle dorsal
- Détectent l'accélération
- Ne détectent pas la station
Récepteurs
lamellés
- Ovale
- Fibres
myélinisées ++
- Barorécepteurs
- Conduction semi-rapide
- Réponse aux pressions instantanées
- Ne répondent pas aux pressions lentes
- Réponse aux intervalles de stimuli > 1 seconde
- Ne répondent pas aux intervalles de stimuli < 1 seconde
- Faisceau vasculo-nerveux; paturon et appareil podotrochléaire
- Fourchette
- Absent de podophylle dorsal
 
Corpuscules
de Ruffini
- Encapsulés dans
le tissu conjonctif
- Fibres
myélinisées +
- Mécanorécepteurs, tension, cisaillement
- Conduction semi-rapide à lente
- Réponse aux stimuli progressif durant tout le stimulus
- Tissu conjonctif
- Cartillage ungulaire
- Absent de podophylle dorsal
- Détectent la station, les mouvements lents
Ramifications
libres
- Dichotomie
- Fibres
myélinisées +/-
- Fonction des médiateurs mécanorécepteurs thermiques chimiques nociceptifs
- Conduction lente
- Activité par les stimuli agressifs
- Seuil de sensibilité diminue avec l'inflammation
- Partout y compris dans le podophylle dorsal
- Surtout nociceptifs



Sommet